|
L’AQUEDUC DE
CAHORS
Pour organiser la recherche, il
était indispensable d’établir des comparaisons entre l’aqueduc de Cahors
et les ouvrages similaires connus en gaule romaine. Nous pouvons ainsi
tirer des enseignements qui nous permettent de relativiser, ou à
contrario, de mettre en évidence le caractère exceptionnel de
l’ouvrage.
Dans
la région, la carte montre les exemples attestés concernant des chef
lieu de cité aux alentours de Cahors. Seul Agen fait défaut et le cas de
Bordeaux reste assez énigmatique. La mise en œuvre d’un
aqueduc a représenté la tâche la plus considérable qu’il ait été donné
aux ingénieurs de l’antiquité. Deux siècles après les Grecs, c’est en
312 av. J.-C. que Rome se dote de l’aqua Appia, premier de ses
onze aqueducs. Pour la gaule romaine, les réalisations s’échelonnent du
milieu du 1er siècle de notre ère (Nîmes,
St.-Bertrand-de-Comminges, Cahors...), jusqu’au début du IVe
pour Arles qui était la résidence impériale du bas empire. Les distances
parcourues tiennent compte en premier lieu de l’éloignement du captage
mais divergent notablement en fonction de la topographie des lieux
concernés. Quelques exemples traduisent une grande disparité : 2 km à
Périgueux, 5 km à Saintes, 9,5 km à Toulouse, 30 km à Rodez ; et jusqu’à
75 km pour la conduite du Gier à Lyon. Les cas démesurés de Cologne et
de Carthage (110 et 132 km) indiquent que, au-delà d’une certaine
longueur, peut-être supérieure à 40 km, le gigantisme devait être
réservé à des capitales de province. La définition d’une pente idéale
n’a pas réuni les auteurs de l’antiquité. Dans la réalité, nous
retrouvons à Nîmes (0,35 m/km) des constructeurs adeptes de Pline qui
préconise 0,20 m au kilomètre. Vitruve évoque 5 m/km que nous
retrouvons, avec quelque écart, à Lyon-Gier avec 6,59 m/km. Palladius
accroît encore cette pente, qu’il porte ainsi à 9,70 m/km. Le maximum
sera atteint à Lyon-Craponne avec 16,80 m/km, ce qui est tout à fait
exceptionnel. Ce chiffre devient toutefois plus « raisonnable » si l’on
précise que la technique du siphon, seule en mesure d’absorber une telle
déclivité, couvrait près du tiers de ces 22 km de développement.
Beaucoup plus sage, l’aqueduc de Cahors où l’on retrouve des pointes de
l’ordre de 6 mm par mètre est proche, avec une moyenne de 1,37 m/km, de
ceux de Vienne et de Rodez (1,16 m/km). Le débit journalier que l’on
estime en calculant la section mouillée du conduit, la pente et le
coefficient de rugosité des parois a été envisagé pour Cahors à 200,
17.200 et 86.400 m3. Fort divergentes, ces études anciennes ne
pouvaient, tout comme aujourd’hui, tenir compte des éventuelles
alimentations annexes et des déperditions dont nous ignorons tout à
l’heure actuelle. L’importance des concrétionnements internes qui
obstruent le conduit n’a pas plus été évoqué.
A titre d’exemple, il est avancé de nos jours 21.600 m3/jour pour Nîmes
alors que les recherches anciennes envisageaient 124.000 m3.

|